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Savoir-Sport – les femmes ne devraient pas être entraînées comme les hommes

 
Pentathlon moderne : les femmes ne devraient pas être entraînées comme les hommes.
 
Aspects psychologiques
 
 
 
 
Depuis 1993, les épreuves du Pentathlon moderne féminin et masculin sont identiques en tous points : tir, escrime, équitation, distances d’effort en course et natation, mais aussi le calendrier de compétitions. Faut-il pour autant concevoir les mêmes programmes d’entraînement pour les pentathlètes hommes et femmes ? Vingt ans d’expérience de sportive de haut niveau m’amènent à penser et à dire que l’entraînement de la femme n’est pas l’entraînement des hommes en  » miniature  » et qu’il est nécessaire d’établir une programmation spécifique pour les femmes, qu’elles soient entraînées en un groupe d’entraînement exclusivement féminin, ou qu’elles soient intégrées à un groupe d’entraînement mixte. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer les différences physiques (voir lecture suggérée) ; je pense que, sur un plan psychologique, des différences existent également qui devraient nous interdire, à haut niveau, de faire un  » copier-coller  » des programmes d’entraînement masculins. L’expérience m’a montré qu’une pentathlète peut psychologiquement supporter une charge importante d’entraînement égale à celle imposée aux garçons de même âge, à condition de prendre en compte, notamment, les aspects suivants :
 
Diversifier les séances d’entraînement.
 
La routine qui semble rassurante pour les hommes parce qu’elle leur donne des repères, lasse les féminines. Il faudra donc éviter les séances répétitives en bannissant, par exemple, le sempiternel 10 x 100 m en natation le même jour de la semaine, à la même heure, en vue d’une comparaison insupportable ! Dans la même optique, les filles préféreront des parcours de footings variés, quitte à perdre un peu de temps en déplacements.  » Joindre l’utile à l’agréable « , telle pourrait être la philosophie des pentathlètes féminines.
 
Privilégier l’aspect qualitatif.
 
La pentathlète semble davantage à l’écoute de son corps et plus désireuse de s’évader du strict cadre de la performance que son homologue masculin. D’ailleurs mieux vaut, avant une échéance, regretter d’avoir manqué de séances plutôt que d’en avoir trop fait. Dans le premier cas, le mental pourra prendre le relais. Dans le second, le surentraînement risque d’aboutir à l’échec et il faudra être très patiente pour revenir à son niveau de performance. C’est une raison majeure pour laquelle il faut privilégier le qualitatif chez les filles.
 
Programmer les périodes de repos.
 
Depuis quinze ans, j’ai été régulièrement témoin d’échecs imputables à une  » ralebolmanie  » d’une équipe entière dont l’encadrement n’avait pas su gérer la récupération mentale. J’ai encore l’image de filles pleurant lors des championnats d’Europe 2000, à l’idée qu’elles n’allaient pas avoir de coupure avant leur préparation finale pour les jeux olympiques ! Il m’apparaît primordial de gérer le mental des féminines, source de volonté et d’énergie ; aussi, je suggère de programmer de vraies périodes de vacances l’hiver, puis vers pâques quand une saison doit s’achever fin août. Je préconise également de ménager de longs week-ends de détente tout au long de la saison, et ce, d’autant plus que l’on a affaire à une population jeune. Je mets d’ailleurs actuellement à l’essai d’un tel programme en tant que jeune entraîneure nationale !
 
Manager autrement.
  • autonomie – confiance – motivation :
Si un climat de confiance est instauré, pourquoi ne pas laisser l’athlète s’autogérer sur de courtes périodes  » de repos  » (de  » répit  » !) qu’elle peut avoir sollicitées. Cette confiance partagée, basée sur la recherche individuelle (rencontre avec d’autres intervenants, athlètes.) et l’investissement personnel, est d’autant plus souhaitable qu’elle créera une motivation nouvelle et débouchera sur un échange plus riche d’idées avec son entraîneur(e). Pour réussir, la pentathlète doit pouvoir s’appuyer ponctuellement sur son entraîneur(e), mais se doit d’être majoritairement autonome sur la journée entière de compétition (les 5 disciplines se pratiquent dans la journée).
  • leadership :
Chez les hommes, le phénomène  » leader  » me paraît mieux vécu, plus légitime en tout cas, et n’entraînant pas de revendications explicites. Un leader garçon stimule le groupe au travail, impulse une volonté de rattraper le meilleur. Chez les femmes, ce phénomène génère plutôt des comportements ou des sentiments négatifs comme la jalousie. Dans un groupe de féminines, l’entraîneur(e) devra donc veiller à ne pas survaloriser et favoriser le futur talent, car cela nuirait à la bonne ambiance du groupe et, pire, à l’athlète visée elle-même.
 
Donner le temps au temps.
 
On retrouve au plus haut niveau plus fréquemment que dans le pentathlon masculin, des pentathlètes féminines plus âgées, souvent même déjà maman. C’est le cas d’une danoise championne du monde en 1999 à l’âge de 39 ans, d’une polonaise, victorieuse à 35 ans de la finale de coupe du Monde en 1999, moi-même, à 36 ans, de cette même coupe du monde en 2000, sans cependant avoir eu d’enfant. Des études ont mis en évidence que la maternité améliorait le potentiel aérobie de la femme, et renforçait également les défenses contre la maladie. Toutefois, j’opterais davantage pour la thèse de la maturité technique et psychologique. L’expérience acquise au cours d’une longue carrière (souvent plus de 15 ans) ajoutée à la maturité, privilège de l’âge, offre à la femme mûre une maîtrise meilleure des événements, une sérénité supérieure, un recul bénéfique. Alors, quelle qu’en soit la raison, puisque notre spécialité est une discipline où l’expérience prime, pourquoi prendre le risque d’hypothéquer une carrière en voulant brûler les étapes et accélérer la saturation psychologique ?  » Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage  » (Jean De La Fontaine).
 
Rédacteur
Caroline DELEMER Professeur de sport, Pentathlète de haut niveau.